Beaucoup d'artistes, à partir des années 1960, partagent une problématique qui interpelle
la relation entre le corps et l'espace, et lui impriment des directions multiples. Plusieurs d'entre
eux ont élaboré des œuvres dont les dimensions s'adaptent à celles du corps humain, ou dont les
proportions ont conféré un aspect visible, et dès lors humain, à des structures à première vue
totalement conceptuelles.
Pendant cette période cruciale pour l'art contemporain, ce ne sont pas les œuvres seules qui s'adaptent
aux dimensions du corps humain : c'est souvent le corps qui s'adapte à l'espace environnant. Aussi
voit-on le corps se déformer, s'agrandir, rétrécir, s'accroître de protubérances ou recevoir des
prothèses. Il semble prendre possession de l'espace qui l'entoure et le remplir de toute son existence
physique. Si les dimensions du corps humain ont souvent défini l'espace occupé par l'œuvre, l'espace aussi
peut déterminer une nouvelle dimension ou de nouvelles proportions pour le corps.
Les possibilités de perception du spectateur deviennent alors des éléments essentiels pour une lecture de l'œuvre
active et correcte. On pourrait presque considérer la mobilisation des cinq sens comme une extension du corps dans
l'espace. Le corps se propage à travers la voix, les sons, les odeurs, le rythme respiratoire, et tout cela contribue
à créer un contact physique entre l'œuvre et le spectateur. |